L’AFD fait débarquer tous les membres africains du conseil d’administration de Digital Africa qui devient 100% français

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14 Mai 2021 | Actualités | 0 commentaires

[Digital Business Africa] – A l’issue de l’assemblée générale de l’association Digital Africa qui s’est tenue hier, 07 mai 2021, les deux membres africains du Conseil d’administration de Digital Africa qui y étaient encore ont été débarqués par l’Agence française de développement.

Désormais, Proparco, Expertise France, La Ferme digitale et l’AFD (qui prend deux sièges) sont les seuls membres du conseil d’administration de Digital Africa. Les membres africains AfriLabs et JokkoLabs qui y étaient encore ont été retirés du conseil, à l’issue d’un vote des membres de l’assemblée générale dont la plupart ont donné procuration à l’AFD.

22 On Sloane du Nigérian Kizito Okechukwu qui a récemment démissionné de son poste de président de Digital Africa a volontairement démissionné du CA et n’a pas participé aux travaux.

Pour sa part, CFI (membre français) a volontairement quitté le conseil d’administration.

Digital Africa était jusqu’ici constituée de 12 membres. Trois africains et neuf français.

Les membres africains AfriLabs et JokkoLabs n’ont pas hésité de marquer leur désapprobation à cette exclusion voulue par l’AFD. « C’est totalement en contradiction avec l’idée de départ de Digital Africa », a commenté l’un des membres africains.

Dans une tribune publiée le 07 mai 2021 sur Jeune Afrique, le Camerounais Beaugas Orain DJOYUM, président de l’association Smart Click Africa et DG du cabinet de veille stratégique et d’e-Réputation ICT Media Strategies, appelle le président français Emmanuel Macron à sauver Digital Africa et à veiller à ce que sa vision pour cette association soit respectée. « Monsieur le Président, il est encore temps ! Il est encore temps de prouver aux jeunes Africains que nous sommes que vous êtes d’une autre génération de Français, que vous avez tourné la page des Français restés dans une vision paternaliste, colonialiste et passéiste de sa relation avec l’Afrique, comme vous le revendiquez« , écrit Beaugas Orain DJOYUM.

https://www.jeuneafrique.com/1168338/economie/tribune-m-macron-il-est-encore-temps-de-sauver-digital-africa/

Pour le président de l’association Smart Click Africa, de nombreux jeunes Africains passionnés par le numérique, des jeunes Africains investissant dans le secteur des TIC, des jeunes Africains qui créent des solutions digitales pour résoudre les problèmes de leur communauté, sont déçus par les multiples blocages de l’initiative Digital Africa annoncée le 28 novembre 2017 à Ouagadougou au Burkina Faso par Emmanuel Macron.

« L’Afrique sans Africains »

Pour d’autres, cette exclusion des membres africains du CA de Digital Africa est même illégale. Car le mandat de trois ans des membres africains du CA expirait en octobre 2021. Exclusion faite sans changement des statuts.

Sur Twitter, la Camerounaise Rebecca Enonchong, qui était encore membre du CA de Digital Africa, affirme que l’ouvrage « L’Afrique sans Africains. Le rêve blanc du continent noir » prend tout son sens encore aujourd’hui alors que les membres africains du conseil d’administration de « Digital AFRICA » avec des mandats pourtant toujours en cours, ont été remplacés par un CA 100% français.

Pour elle, l’exclusion des membres africains intervient d’ailleurs dans un contexte où l’on attendait un audit financier et opérationnel commandé par le CA qui incluait les africains. « On n’aura pas le droit de voir les résultats, ni même de participer valablement à ces enquêtes« , se plaint-elle.

Côté AFD, l’on soutient que c’est pour une période provisoire et qu’un cabinet travaille pour la modification des statuts de Digital Africa.

L’association Digital Africa

L’initiative Digital Africa réunissait en principe une communauté de partenaires de toutes nationalités – incubateurs, financiers institutionnels, venture capitalists, clusters techs – au service des entrepreneurs numériques africains, au premier rang desquels se trouve l’ Agence française de Développement (AFD), principal financier. Les 10 organisations cofondatrices sont l’AFD, AfriLabs , Bond’Innov, CFI Développement Médias, Do4 Africa, FING,  le Réseau Global Entrepreneurship (GEN), Jokkolabs, La Fabrique des Mobilités et l’association La Ferme digitale.

L’initiative Digital Africa est soutenue par le président français Emmanuel Macron, qui avait annoncé la dotation de 65 millions d’euros en faveur des jeunes innovateurs africains lors de son discours à l’ouverture de la troisième édition du salon Viva Technology en mai 2018. Le Trésorier de cette association est CFI Médias, l’agence française de développement médias.

Annoncée également à Ouaga par le président français Emmanuel Macron, l’association Digital Africa a été créée en octobre 2018. C’est ce qu’on apprenait alors le 14 octobre 2018 sur le compte Twitter de Karim Sy, fondateur de Jokkolabs, premier espace de travail collaboratif en Afrique de l’Ouest, nommé par la même occasion président de cette association.

Pour rappel, Digital Africa est une initiative développée par l’Agence Française de développement sous la prescription d’Emmanuel Macron. Cette plate-forme se présentait comme un « outil collaboratif favorisant l’émergence des start-ups africaines et de leurs écosystèmes » pour reprendre les propos de JP Barral de l’AFD sur twitter, félicitant au passage Karim Sy.

Digital Africa cherche également à rapprocher les écosystèmes numériques européen et africain. Parmi ses actions jusqu’ici, on peut citer la promotion et le soutien à l’entrepreneuriat africain à travers le Challenge des 1000, le programme Social & Inclusive Business Camp (SIBC) ou encore le lancement du Bridge Fund, en collaboration avec Proparco.

Par Digital Business Africa

Lire aussi:

Beaugas Orain DJOYUM à Emmanuel Macron : « Monsieur le Président, il est encore temps de sauver Digital Africa ! »

Kizito Okechukwu [Sur sa démission de Digital Africa] : « Beaucoup de choses étaient signées et je n’étais pas au courant » [Exclusif]

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« Nous, salariés de Digital Africa, tenons à nous exprimer publiquement pour rétablir les faits qui ont conduit au blocage actuel » [Lettre ouverte*]

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